Une paupière qui se retourne, une petite boule qui ne part pas au bord de l’œil, un œil qui semble avancer avec une maladie de la thyroïde. Ces troubles concernent ce qui entoure l’œil, ses annexes, et ils relèvent d’une branche précise de l’ophtalmologie, l’oculoplastie. C’est vers elle qu’un ophtalmologue oriente son patient quand la paupière, le canal lacrymal ou l’orbite demandent un examen spécialisé, et la première consultation suit un déroulé assez codifié.
Une surspécialité de l’ophtalmologie
L’oculoplastie s’occupe des annexes de l’œil, c’est-à-dire des paupières, des voies lacrymales qui évacuent les larmes vers le nez, et de l’orbite, la cavité osseuse qui loge le globe oculaire. Elle prend en charge leurs maladies du diagnostic au traitement, chirurgie comprise. Les ophtalmologues qui s’y consacrent, comme le Dr Cyrielle Bela, spécialiste en oculoplastie à Genève, traitent aussi bien une paupière mal positionnée qu’une tumeur de la paupière ou une atteinte de l’orbite.
En Suisse, le titre de spécialiste en ophtalmologie demande cinq ans de formation postgraduée. Le programme, fixé par l’institut de formation de la FMH, la Fédération des médecins suisses, cite l’oculoplastie (paupières, voies lacrymales, orbite) parmi les domaines de la discipline.
La formation approfondie en ophtalmochirurgie, qui prépare à opérer sous sa propre responsabilité, ajoute au moins deux ans, avec un minimum de 50 opérations par an comme opérateur principal. Son catalogue d’opérations consacre un chapitre aux paupières, aux voies lacrymales et à la région périorbitaire, où figurent la correction des malpositions des paupières et la désobstruction des voies lacrymales. Aux États-Unis, l’Académie américaine d’ophtalmologie (AAO) précise que la formation complémentaire en oculoplastie dure en général deux ans, contre un an pour la plupart des autres surspécialités.
Paupières, voies lacrymales, orbite, ce que la spécialité recouvre
| Zone | Exemples de troubles | Prises en charge possibles |
|---|---|---|
| Paupières | Paupière mal positionnée, chalazion, tumeur | Pommade ou gouttes pour protéger l’œil, chirurgie pour replacer la paupière ou retirer une tumeur |
| Voies lacrymales | Canal rétréci ou bouché, infection du sac lacrymal | Rinçage et sondage, désobstruction chirurgicale |
| Orbite | Œil qui avance à cause de la thyroïde, plus rarement infection, traumatisme ou tumeur | Gouttes, médicaments contre l’inflammation ou la cause, chirurgie si l’œil reste trop en avant |
La paupière supérieure tombante (ptosis) et l’excès de peau corrigé par blépharoplastie relèvent aussi de la spécialité, sans en faire le tour. La thyroïde est un cas à part. Selon le NHS britannique, les problèmes oculaires touchent environ une personne sur quatre parmi celles dont l’hyperthyroïdie vient de la maladie de Basedow. Ils restent souvent légers, mais une forme sévère peut menacer la vision. La spécialité prend enfin en charge la cavité de l’œil quand celui-ci a dû être retiré, en vue d’une prothèse oculaire.
Quand l’ophtalmologue oriente vers un oculoplasticien
Le premier interlocuteur reste l’ophtalmologue, ou le médecin traitant, qui examine l’œil et ses annexes. Il adresse son patient à un confrère quand le problème demande un bilan plus poussé ou un geste sur la paupière, les voies lacrymales ou l’orbite. Plusieurs situations y conduisent :
- une paupière qui se retourne vers l’œil ou s’en écarte ;
- un larmoiement dont la cause n’a pas été trouvée ;
- une boule sur la paupière qui ne disparaît pas ;
- un œil qui avance, une vision double ou des paupières rétractées, liés à la thyroïde ;
- un traumatisme de la paupière ou de l’orbite.
Une paupière qui tombe brutalement, ou un œil qui se met à avancer avec une baisse de la vision, relève en revanche de l’urgence, selon le NHS.
Une première consultation, étape par étape
Le déroulé varie selon la zone en cause, mais on y retrouve souvent les mêmes temps.
- Un échange sur les symptômes et leur histoire, avec la liste complète des traitements pris, vitamines et compléments alimentaires compris, que l’AAO demande de signaler avant toute chirurgie des paupières.
- L’examen de l’œil et de ses annexes à la lampe à fente, en regardant la position des paupières, leur fermeture et le clignement.
- Selon la plainte, un rinçage des voies lacrymales, une mesure du champ visuel ou des photographies des paupières.
- Un temps d’explication sur les options, médicales ou chirurgicales, et sur leurs risques.
Quand l’orbite est touchée par une maladie de la thyroïde, le Dr Bela organise le bilan avec le médecin traitant et l’endocrinologue de la personne. Il réunit un examen ophtalmologique et orthoptique, une IRM ou un scanner et une prise de sang.
Médical ou chirurgical, ce qui se décide ensuite
Tout ne passe pas par le bloc opératoire. Le NHS indique qu’une paupière légèrement retournée vers l’extérieur (ectropion) peut ne demander aucun traitement. Nombre de petites boules de la paupière disparaissent d’elles-mêmes en quelques jours ou quelques semaines, et les symptômes oculaires de la thyroïde s’améliorent souvent avec le traitement de la glande.
Quand une chirurgie est proposée, l’AAO précise que presque toutes les interventions sur les paupières se font en ambulatoire, sous anesthésie locale. Pour l’œil qui avance à cause de la thyroïde, le NHS ajoute deux règles d’hygiène de vie, ne pas fumer et ne pas boire trop d’alcool.

