Ces plaques rosées ou blanchâtres qui apparaissent sur les joues, le front ou autour de la bouche, surtout chez les enfants et adolescents, ont un nom : les dartres. Aussi appelées eczématides achromiantes ou pityriasis alba, elles inquiètent souvent les parents, parfois les adultes concernés. Voici ce qu’elles sont vraiment, pourquoi elles reviennent et comment les apaiser.
Ce que sont vraiment les dartres
Les dartres se présentent sous la forme de plaques arrondies ou ovales, de 1 à 4 centimètres de diamètre, légèrement rosées au début puis blanchâtres, parfois recouvertes de fines squames. Elles se situent principalement sur le visage (joues, front, contour de la bouche), parfois sur le cou ou les bras.
Contrairement à ce que leur aspect peut faire craindre, elles ne sont ni contagieuses, ni dangereuses. Il s’agit d’une variante très atténuée d’eczéma, qui se manifeste par une légère inflammation suivie d’une dépigmentation transitoire. La peau reste lisse au toucher, sans relief notable.
Cette pathologie touche surtout les enfants entre 3 et 16 ans, avec un pic chez les 6-12 ans. Elle peut concerner les adultes, mais c’est plus rare. Les peaux sèches ou à tendance atopique sont plus exposées.
Pourquoi les dartres apparaissent
L’origine exacte n’est pas totalement élucidée, mais plusieurs facteurs sont clairement identifiés comme déclencheurs habituels. Le terrain joue un rôle central : la peau sèche, fragile, sujette à l’eczéma atopique est plus vulnérable.

Le soleil est un facteur majeur. Les zones exposées bronzent, mais pas celles qui ont eu une inflammation : les dartres apparaissent ou se voient davantage au retour des vacances ou au printemps. Ce contraste visuel inquiète, alors que la zone n’est en fait pas « blanche » mais « non bronzée ».
Le vent froid, l’eau calcaire, les produits d’hygiène trop décapants (savons parfumés, gels douches agressifs) entretiennent la sécheresse et favorisent les poussées. Les carences en vitamines (notamment B et D) ont aussi été évoquées sans certitude scientifique solide.
Les saisons et le calendrier des poussées
Les dartres suivent souvent un rythme saisonnier prévisible. Plusieurs pics dans l’année correspondent à des contextes climatiques particuliers.
- Fin d’hiver : peau desséchée par le chauffage et le froid extérieur
- Début de printemps : redécouverte du soleil, contraste de pigmentation
- Été : peau exposée, retour des plaques visibles
- Rentrée scolaire : changement de rythme, parfois stress
Cette saisonnalité explique pourquoi les dartres « reviennent » : elles ne disparaissent pas réellement, elles deviennent simplement plus ou moins visibles selon la pigmentation environnante. Au fil des années, elles s’espacent et finissent généralement par disparaître à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
Comment faire la différence avec d’autres affections
L’aspect des dartres peut faire penser à d’autres pathologies cutanées, qui se traitent différemment. Quelques pistes pour s’orienter avant la consultation.
Le pityriasis versicolor donne aussi des plaques dépigmentées, mais surtout sur le tronc et les bras, avec une fine desquamation. Il est dû à un champignon et se traite par antifongique. Le vitiligo donne des taches blanches très nettes, sans squame, avec une dépigmentation complète et non transitoire.
L’eczéma typique se manifeste avec plus d’inflammation, de démangeaisons, parfois de suintement. Pour aller plus loin sur les différences entre dartres et eczéma, consultez notre article annexe sur comment distinguer dartres et eczéma, deux conditions souvent confondues.
Les soins du quotidien pour limiter les poussées
Aucun traitement ne fait disparaître les dartres instantanément. La prise en charge vise à hydrater la peau et limiter les facteurs aggravants. Quelques règles simples changent beaucoup la situation.
Préférez les produits d’hygiène doux : pains surgras sans savon, gels lavants pour peaux atopiques, syndets. Évitez les savons parfumés, les gants de toilette rugueux, les bains trop chauds et trop longs. Une douche tiède de cinq minutes vaut mieux qu’un bain de 30 minutes.
Hydratez quotidiennement avec une crème émolliente adaptée (Atoderm, Lipikar, Atopalm, Cold Cream). L’application doit être généreuse, deux fois par jour minimum, en insistant sur les zones touchées. Cette hydratation est le pilier de la prise en charge, plus efficace que n’importe quel traitement spécifique.
Le rôle décisif de la protection solaire
Le soleil ne cause pas les dartres, mais il les rend très visibles en pigmentant la peau alentour. Une protection solaire rigoureuse empêche ce contraste de s’installer.
Sur les zones touchées, appliquez quotidiennement un écran solaire à indice élevé (50 ou 50+), même par temps nuageux et même en hiver. Renouvelez toutes les deux heures lors d’expositions prolongées. Cette habitude évite les poussées visuelles très marquées et accélère la disparition des plaques existantes.
Chez l’enfant, c’est un réflexe à intégrer dès le plus jeune âge. La protection solaire est utile à plus d’un titre, et limite aussi le risque de cancers cutanés à long terme. Une dermite de contact peut s’ajouter aux dartres si les produits utilisés ne sont pas adaptés ; pour les peaux fragiles exposées professionnellement, lisez notre article sur comment protéger votre peau au travail contre l’eczéma.
Quand consulter et quels traitements envisager
Les dartres ne nécessitent pas systématiquement de consultation. Mais plusieurs situations doivent amener à voir un médecin ou un dermatologue.
Consultez si les plaques s’étendent rapidement, sont très inflammatoires, démangent fortement, persistent au-delà de plusieurs mois malgré les soins, ou si le diagnostic reste incertain. L’examen clinique suffit dans la grande majorité des cas, sans examen complémentaire.
Si nécessaire, le médecin peut prescrire une crème émolliente sur ordonnance, un dermocorticoïde doux pendant quelques jours en phase inflammatoire (chez l’adulte ou sur prescription chez l’enfant), ou un topique apaisant. L’évolution est généralement favorable, même sans traitement médicamenteux. La disparition spontanée est la règle, en quelques mois à quelques années, selon le terrain. Le suivi dermatologique est utile en cas de doute diagnostique ou de poussées sévères.

