Un homme qui regarde une boite de créatine en se grattant la tête

Le lien entre la créatine et la calvitie est-il un mythe ou une réalité ?

Depuis quelques années, une rumeur circule dans les salles de sport : prendre de la créatine ferait tomber les cheveux. L’argument avancé est souvent le même, la créatine augmenterait la DHT, une hormone liée à la calvitie. Mais qu’en est-il vraiment ? Voici ce que la science dit, sans filtre.

D’où vient l’association entre la créatine et la DHT ?

Tout part d’une seule étude, publiée en 2009 dans le Clinical Journal of Sport Medicine. Des joueurs de rugby sud-africains ont pris de la créatine pendant trois semaines. Résultat : leur taux de DHT (dihydrotestostérone) avait augmenté de près de 56 %, et le ratio DHT/testostérone de 36 %. C’est cette étude qui a alimenté la peur.

La DHT est une hormone dérivée de la testostérone, produite grâce à une enzyme appelée 5-alpha-réductase. Elle joue un rôle dans la croissance musculaire, mais aussi dans la miniaturisation des follicules pileux chez les personnes génétiquement prédisposées à l’alopécie androgénétique. Dit autrement : si vous avez les gènes de la calvitie, un excès de DHT peut accélérer le processus.

Le problème de cette étude ? Elle n’a jamais été reproduite. Depuis 2009, aucune recherche sérieuse n’a confirmé ces résultats à grande échelle, et surtout, aucune étude ne montre de lien direct entre la prise de créatine et la chute des cheveux observable.

Ce que la recherche dit vraiment sur la créatine et la chute de cheveux

Les études sur la créatine sont nombreuses. C’est l’un des compléments alimentaires les plus étudiés au monde. Et pourtant, dans toutes ces recherches sur la force musculaire, la récupération ou la composition corporelle, la chute de cheveux n’apparaît jamais comme un effet secondaire documenté. Une revue de littérature publiée dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition en 2021 a passé en revue des dizaines d’études sur la créatine. Conclusion des chercheurs : il n’existe pas de preuve suffisante pour affirmer que la créatine cause la calvitie ou accélère significativement la perte de cheveux.

Il faut aussi comprendre que la DHT seule ne suffit pas à provoquer la calvitie. La sensibilité des follicules à cette hormone dépend entièrement de votre patrimoine génétique. Quelqu’un sans prédisposition génétique à l’alopécie androgénétique ne perdra pas ses cheveux, même avec un taux de DHT plus élevé.

Qui est vraiment concerne par les risques de calvitie avec la créatine ?

Si vous avez des antécédents familiaux de calvitie, côté paternel ou maternel, la prudence est compréhensible. Voici les profils pour lesquels la question mérite réflexion :

  • Hommes avec alopécie androgénétique avancée dans la famille proche
  • Personnes déjà en phase initiale de calvitie, avec un golfon naissant ou des tempes qui reculent
  • Individus prenant d’autres substances pouvant impacter les hormones androgènes

Pour ces profils, l’incertitude scientifique suffit à justifier une discussion avec un médecin avant de démarrer une supplémentation en créatine. Ce n’est pas une certitude de risque, mais une précaution raisonnable.

Faut-il arrêter la créatine si vous voyez vos cheveux tomber ?

La chute de cheveux a des causes multiples : stress, carences nutritionnelles (fer, zinc, biotine), déséquilibres hormonaux, changements saisonniers ou génétique. Attribuer automatiquement une chute de cheveux à la créatine serait une erreur.

Si vous constatez une chute inhabituelle pendant une supplémentation en créatine, le bon réflexe est d’en parler à un dermatologue ou un médecin généraliste. Un bilan sanguin peut rapidement orienter vers la vraie cause. La créatine ne doit pas être le bouc émissaire par défaut d’un symptôme qui mérite une investigation sérieuse. En parallèle, notez que la créatine monohydrate, la forme la plus courante, est considérée comme sûre pour la grande majorité des personnes en bonne santé, à des doses de 3 à 5 g par jour.

Ce que ce mythe révèle sur la supplémentation sportive en créatine

L’histoire de la créatine et de la calvitie illustre un phénomène courant : une seule étude, mal comprise ou extrapolée, devient une vérité populaire. Les forums sportifs et les réseaux sociaux amplifient ce type de raccourci, souvent sans nuance. La supplémentation sportive mérite toujours une lecture critique. Une étude sur 20 rugbymen pendant trois semaines ne représente pas l’ensemble de la population, ni les effets à long terme, ni la diversité des réponses individuelles. Cela ne signifie pas que l’étude est sans valeur,  mais qu’elle ne suffit pas à tirer des conclusions définitives.

Le vrai enjeu n’est pas la créatine en soi, mais la façon dont on consomme l’information scientifique. Avant de bannir un complément alimentaire sur la base d’une rumeur, une consultation médicale reste toujours la meilleure option.

Ce texte a pour vocation d’informer, mais ne remplace en aucun cas un avis médical. Si vous observez une chute de cheveux persistante ou d’autres symptômes préoccupants, consultez rapidement un médecin ou un dermatologue. Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic adapté à votre situation.

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